Le syndrome d’Aliboron

 

suite rando groix octobre 2010 020Il fait beau. C’est le printemps. Les jardiniers jardinent (sans pesticides), les randonneurs randonnent et les petits oiseau chantent.
Dans le grand chemin qui longe le pré des ânes s’avance une troupe joyeuse et bavarde venue visiter l’île. Soudain, ils découvrent les ânes.

 

Les exclamations fusent de toutes parts :

- »Oh ! Des ânes ! Qu’ils sont beaux… »

Au milieu du brouhaha ambiant, un des randonneurs se met soudain à braire, touché brutalement par ce que j’appelle le syndrome d’Aliboron. Ce phénomène mystérieux ne se déclenche qu’à la vue d’un âne (d’où le nom d’Aliboron) et parmi un groupe. Jamais un individu seul ne se met à braire. Étrangement aussi, jamais l’individu n’aboie quand il croise un chien ni ne meugle lorsqu’il voit une vache.

Puis s’enclenche la phase 2 du phénomène. L’individu cesse de braire et interpelle, en général, le plus discret du groupe, celui qui ne demande rien à personne.

- »Eh ! Regarde un peu Robert (ou Ginette), voilà tes frères (ou tes cousins). Va donc leur parler. »
Robert ou Ginette, gênés, déclinent l’invitation. Les autres rigolent.

Encouragé par son succès, le bout-en-train de service se remet à braire. C’est généralement le moment que je choisis pour m’avancer. Notre gai-luron, surpris, s’arrête dans un dernier braiement, une très belle imitation, ma foi, entre la corne du bateau de Groix et un accordéon asthmatique. Je sais reconnaître un virtuose. Je décide donc de l’encourager :
- » Continuez, monsieur, je vous en prie. Vous avez un vrai don pour les langues. Je suis sûre que mes ânes vous comprennent. Si vous insistez, ils vont vous répondre. »

Dire que le joyeux drille est heureux de mon intervention serait mentir. Il préférait nettement l’intimité de son groupe pour ses vocalises. Les autres rigolent (surtout Robert… ou Ginette).
Je continue, imperturbable : » Et j’espère que Robert ou Ginette sont des gens charmants et intelligents. Sinon je serais vexée de la comparaison avec mes ânes. » Un peu embarrassé, Gai- Luron me certifie que Robert ou Ginette sont effectivement intelligents et charmants. Rassurée, je me permets un conseil :
- »Si vous continuez vers le trou de l’Enfer, vous rencontrerez un troupeau de vaches. Comme vous avez l’air doué, c’est peut-être le moment d’essayer une deuxième langue. »

La troupe repart, hilare… enfin, sauf un…………..