Les petits Poucets des monts d’Arrée

Louna, une des ânesses de mon amie Dominique est ce que j’appelle « une ânesse de fond de champs ». Elle avait été achetée (avant que Dominique ne la récupère) par un gars qui avait pensé que ce serait une sacrément bonne idée pour entretenir son terrain. Elle avait donc passé 10 bonnes années de sa vie à brouter jour et nuit. Et puis, au bout de ces 10 années, le même gars eut à nouveau une sacrément bonne idée: « Et si j’achetais plutôt une tondeuse à gazon est-ce que ça ne serait pas plus simple ? »

Et Louna avait été mise en vente. Et Dominique, qui est une vraie amie des bêtes, acheta donc une ânesse obèse et totalement déterminée à ne jamais monter dans un camion, ni franchir le moindre ruisselet, ni passer sur aucun petit pont (qu’il soit en pierre ou en bois), ni s’aventurer dans une forêt ou un bois, ni… Bref, une bien brave bête selon Dominique.

Bien évidemment, plus question pour Louna de rester en fond de champs ! Aussi sa maîtresse, aidée de Lilas sa petite ânesse marocaine, s’employa-t-elle à lui faire découvrir le vaste monde… Enfin, n’exagérons rien : le vaste monde de l’autre côté de la route.

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Et puis un jour, il fut temps de partir pour une vraie randonnée bâtée. Nous avions choisi les monts d’Arrée pour leur côté sauvage et calme.

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Dominique avait fait, pour l’occasion, l’emplette de deux sacs de toile à petit prix pour Louna car, après tout, personne ne savait si elle randonnerait de nouveau après cette première. Tout se passa sans encombre jusqu’au moment où il fallut traverser une forêt. On décida d’un commun accord de placer Louna en queue de peloton afin qu’elle suive gentiment Quinoa, Rose et Lilas.

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Une feuille frémit-elle un peu trop fort ? Une brindille claqua-t-elle un peu sèchement ? Toujours est-il que, Louna, arrachant sa longe des mains de son meneur, entreprit soudain de dépasser au grand galop les trois ânesses de tête non sans accrocher violemment au passage les bâts de ses copines. Ce fût une panique générale et tout ce petit monde s’égailla dans la forêt.

Tandis que Guénaël, précédé par notre chienne, tentait de rattraper nos ânesses, je réussis à mettre la main sur Louna qui s’était empêtrée dans sa longe et je l’amarrai solidement à un arbre avant de repartir à la recherche des fugitives. Denise, une autre amie des bêtes, qui nous accompagnait, me fit remarquer que j’avais peut-être attaché Louna un peu court. Ce à quoi je lui répondis hargneusement que seule une ultime parcelle d’humanité m’avait empêchée de la ligoter carrément à l’arbre.

Rattraper les autres ânesses ne fut pas si difficile : elles s’étaient arrêtées 200M plus loin dans un carré d’herbe fraîche, les bâts un peu « à dreuz ». Non, le plus long ce fût de ramasser dans la forêt le contenu des deux sacs totalement éventrés de Louna. Ce qui nous permit de faire une ample moisson de chaussettes, culottes,teeshirts… à travers bois… Les Galeries Lafayette sylvestres en quelque sorte…

Photos : Denise Bescond

Toute peine mérite salaire

On ne peut pas nier chez nos ânes une propension certaine à vouloir rendre service : qu’il s’agisse du foin, du bois, des algues ou du père Noël, ils sont là !

LES FOINS JUILLET 2016 005âne charrettes et goemon à Locmaria oct 2013 026 WP_20131113_008 Philo, son traineau et le père Noël 003

En contre-partie, ma foi, ils trouvent tout à fait normal d’atterrir dans nos assiettes à l’heure du pique-nique ou de lire les nouvelles par dessus notre épaule.

magasin itinérant thierry 012ane3Photographie : Frédéric Gobro

Mesdames « Sans-Gêne »

PENQUELEN MAI 2016 028

Rien ne fait davantage plaisir à nos ânes que de partager notre repas. En randonnée, l’heure du pique-nique est le moment idéal pour s’inviter dans notre assiette.
Mais bien évidemment, dans la vie de tous les jours, nos ânes sont à l’herbe ou au foin… Sauf lorsqu’ils pâturent du côté de saint Albin.

Ils ont là-bas une merveilleuse voisine, capable de leur donner du potage aux légumes « parce qu’ils adorent ça ! », capable aussi de les laisser chiper au fur et à mesure les prunes qu’elle ramasse dans son panier… Bref, la crème des voisines !

En contre-partie, ils l’informent bruyamment et avec le plus grand sérieux de tout mouvement suspect dans les jardins attenants.

Un jour qu’elle vaquait tranquillement dans sa cuisine, elle entendit soudain des hurlements d’effroi.
- « Au secours ! Au secours ! A l’aide ! »
Alarmée, elle se précipita dans son jardin. Quelle ne fût pas sa surprise de voir deux vacancières d’âge mûr, bloquées contre la clôture du jardin mitoyen et complètement cernées par un troupeau d’ânes.
- « Mais comment êtes-vous arrivées là ? Vous êtes dans nos jardins ? » s’étonna la voisine. Elle avait effectivement de quoi s’étonner car pour accéder à ces jardins, situés à l’arrière des maisons, il faut ouvrir des portillons ou sauter par dessus des clôtures ou encore passer à travers des haies.
- « On a pris un raccourci, on n’a pas vu que c’était des jardins. » (Tu parles Charles ! Un terrain cerné de murets, fermé par un portillon et garni de fleurs si ça n’est pas un jardin, je donne ma langue au chat).
- « Aidez-nous ! On est attaqué par des ânes. »
- « Vous avez quoi dans votre grand carton ? » s’enquit la voisine.
- « Des gâteaux de la boulangerie. »
- « Ah ! Mais c’est pour ça qu’ils vous empêchent de passer. Ils les ont sentis. Il n’y a plus qu’une chose à faire… »
- « Qu’est-ce qu’on doit faire ? Aidez-nous ! »
- « Jetez-leur tous vos gâteaux et partez en courant pendant qu’ils les mangent. »
Et c’est ainsi qu’on pût voir deux dames d’un certain âge balancer des gâteaux à travers champs et franchir dans une course effrénée murets et barrières, le tout à l’allure d’un légionnaire à l’entraînement.

Pour ce qui est du ramassage des gâteaux, mes ânes s’en sont occupé avec une grande conscience professionnelle.

Que voulez-vous, ils ont l’amour du travail bien fait !

Restons zen !

 

Restons zen !

Nous sommes 3 attelages ce matin-là, en randonnée du côté de Querrien (près de Quimperlé, dans le Finistère). Nous avons décidé de nous balader dans les bois en suivant le circuit édité par la commune.

Ulysse, petit âne sarde et randonneur débutant, mené par Christine, a pris la tête : le coin, bien tranquille, est parfait pour le mettre en confiance. Derrière, suivent la grande Quinoa et Lilas, la petite ânesse marocaine de Dominique.

PENQUELEN MAI 2016 033Soudain, voilà Lilas prise de panique, partie au galop, accrochant ma charrette au passage.
- « Attention au chien ! » crie Dominique, cramponnée aux guides de son ânesse.
Effectivement, un énorme berger allemand venu de nulle part, bondit autour des ânes, le dos hérissé, aboyant comme un fou.
- « Dégage ! lui crie Christine, mais dégage à la fin ! »
Le furieux continue son cirque, les crocs à quelques centimètres du museau d’Ulysse, qui, Dieu merci, semble pétrifié.
- « Vous allez baisser d’un ton et parler à mon chien autrement ! » braille une voix féminine venue du fond du bois.
Arrive, les mains dans les poches et l’allure faussement décontractée, la maitresse du chien qui nous gratifie d’un petit laïus tandis que son affreux clébard continue à hurler comme un perdu. Il a maintenant les crocs tout près de la gorge d’Ulysse toujours changé en statue de sel.
- « Mon chien est très joueur, c’est dans sa nature et ce n’est pas la peine d’aller contre. Il a vu les roues des charrettes et ça l’amuse. C’est comme ça. Moi-même je reste très zen et tant que je n’aurai pas récupéré mon chien ce n’est pas la peine de vous énerver. »
14 MAI 2016 PENQUELEN 004Nous restons abasourdies (et muettes) devant autant de bêtise. Manifestement, elle ne connait rien aux équidés (ce que je ne lui reproche pas), ni aux chiens non plus (ce qui est plus ennuyeux). Tout peut partir en vrille très vite et là, ça fait déjà un moment qu’on risque l’accident.
- « Il a 2 ans, il est jeune, il faut bien qu’il s’amuse ».
Ah! Évidemment, si c’est pour jouer, ça change tout. Il faut peut être que Christine fasse des excuses au chien. Il me semble qu’elle a été un peu discourtoise.
L’hurluberlue s’avance vers nous d’un pas nonchalant bardée d’une aura de zénitude (plus zen tu meurs !)
Son chien est maintenant sous le ventre des ânes. Je lui conseille de le rappeler au plus vite avant qu’il ne se retrouve avec un museau de boxer.
- « Et bien ça lui servira de leçon ! » répond l’amie des bêtes.
A genoux près de ma charrette, elle essaie enfin d’attraper son chien. Sa zénitude en prend un sacré coup lorsqu’il se retourne brusquement et tente de la mordre. Pas très rassurée, elle tente de l’empoigner par le cou. Par deux fois les crocs frôlent sa main.
Christine, décidément de mauvaise humeur, lui demande si ça va durer encore longtemps. L’amie des bêtes ne répond plus, trop occupée à récupérer son bestiau sans se faire déchiqueter un bras. Elle y arrive enfin et s’éloigne piteusement.

Nous les recroiserons un peu plus loin, chien tenu en laisse et muselé.
J’ai déjà eu des chiens joueurs mais je n’ai jamais ressenti le besoin de me balader avec une muselière dans la poche. Une erreur, je pense…

Quand ça veut pas, ça veut pas…

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Il y a des jours comme cela où tout propriétaire d’âne ressent de grands moments de solitude et où il se dit, un brin désemparé: « A quoi bon ? »

Prenons l’ânesse Dolly par exemple : après d’infructueuses tentatives de rentrer dans l’eau en marche avant, sa meneuse tente courageusement la manœuvre de la dernière chance : l’entrée dans l’eau en marche arrière… avec le succès que l’on voit, hélas ! Car plus méfiant qu’un âne, il n’y a pas. Ou alors peut-être deux ânes…

Lili a mis son manteau d’hiver

Lorsque l’hiver est là, Lili, petite ânesse frêle d’au moins 25 ans, se prépare vaillamment à affronter le froid.
Et hop ! Un peu de compléments alimentaires pour prendre du poids.
Et puis tiens ! Une goutte d’huile essentielle de citron pour les défenses immunitaires.
Et un saupoudrage de levure de bière pour l’épaisseur du poil.
Mais surtout, surtout, n’oublions pas l’essentiel : un chaud manteau d’hiver imperméable et respirant pour affronter la pluie et le vent car, avec l’âge, un simple abri ne suffit plus.
Ce manteau fût l’objet de maintes réflexions. Taille « shetland » il était trop court. Taille « poney », le voilà trop grand ! Nous avons cependant choisi « poney ». Le résultat est… étonnant. Sangles ajustées (tant bien que mal), mousquetons bouclés, et voilà notre Lili caparaçonnée comme un fier destrier en route vers les tournois. Il ne lui manque sur le dos que le chevalier en armure (nain le chevalier, si possible).
A chaque pas qu’elle fait, le tissu, assez raide, émet le bruit du taffetas qu’on déchire et chaque mousqueton cliquette bruyamment. Qu’importe ! Désormais Lili n’a plus qu’une idée en tête : rejoindre son troupeau, là-bas, au fond du pré. La voilà qui part au grand trot, cliquetant et bruissant joyeusement.
Au fond du champ, on dresse l’oreille : »qu’est-ce que ce bruit étrange ? » Lili, très fière, n’en a cure et continue courageusement. Les autres relèvent la tête, inquiets. Lili, un peu handicapée par sa cataracte, fonce droit sur eux. Stupéfaits, ils se figent un instant puis partent à fond de train devant cette abominable créature. Les voilà tous au galop. Lili, ferme sur ses positions, passe au galop également. Ils tournent en rond autour du champ mais le galop de Lili est un peu poussif alors ils la rattrapent par l’arrière. Horreur ! La créature qui était derrière eux est maintenant devant !
Jouant la frayeur (car ils ont maintenant reconnu leur congénère),ils stoppent net dans un grand nuage de boue et de poussière mêlés et repartent dans l’autre sens. Lili, remontée comme un jouet mécanique, n’a rien vu ni entendu (elle est un peu sourde) et continue imperturbable.
Je pleure de rire au bord du champ. Le nez en l’air, la tête tournée de côté, l’oeil malicieux, leurs ventres grassouillets bringuebalant dans la poussière,ils galopent, mes pitres au museau blanc. Puis ils ruent, bottent et dérapent dans la boue.
Lili tourne toujours, obstinément. Puis le calme revient et le troupeau retourne à ses occupations. Lili les suit dans un froissement d’étoffe.

 

 

Philomène et le 4X4 rouge

 

OLYMPUS DIGITAL CAMERADans le petit pays de Groix où vacancient les touristes, au delà des mers, mon ânesse Philomène trottinait gentiment en cette fin d’après-midi sur la route qui va au trou de l’Enfer. Nous avions dans l’idée de tourner à droite dans un étroit chemin en herbe séparé de la route par un large fossé.

¨Ô stupeur ! Une voiture occupait déjà ce chemin… un 4×4 rouge… de location… conduit par un type ou totalement myope ou n’en ayant rien à faire d’abimer du matériel de location… Là, maintenant il attaquait son plat de résistance : le fossé. Le malheureux 4×4, confondu un instant avec la voiture de James Bond, prit son élan… et s’en alla finir sa course le nez au fond du fossé, le derrière en l’air, comme un canard barbotant dans sa mare.

Le conducteur, manifestement plein d’imagination, fit sortir femme et enfants de la voiture et, avec force moulinets des bras, leur expliqua ce qu’il attendait d’eux (c’est vrai quoi ! A quoi bon avoir femme et enfants s’ils ne servent à rien). Dociles, ils se mirent à pousser et tirer le pauvre 4×4. Le malheureux réussit à sortir le nez du fossé mais c’est l’arrière maintenant qui était au fond. Qu’à cela ne tienne ! De nouveau la famille tira, poussa… Et la voiture finit par s’échouer au milieu de la route. Lorsque nous nous sommes croisés, nous avons pu échanger quelques mots d’une haute tenue grammaticale.

Je l’avoue, j’ai ouvert les hostilités avec un : « vous êtes vraiment nul ! »

Bien m’en a pris car cela nous a permis de lier connaissance plus rapidement. Le conducteur est tout de suite passé au tutoiement (signe d’une certaine intimité n’est-ce-pas?) et m’a donc gratifié d’un »nulle toi-même espèce de tache… Connasse ».

Ne voulant pas être en reste de politesse dans cet échange je me suis donc autorisé un « on t’emmerde, gros con ! ».

Il hululait encore quand je suis passée dans le chemin… Je suggère aux loueurs de voitures de s’orienter plutôt vers la location de brouettes pour ce style d’individu. Ce sera moins lourd à pousser pour la famille…

la fanfare de la lande

rando groix octobre 2010 178 (2)C’était une belle journée ensoleillée, le temps idéal pour soigner les pieds de Roméo, un âne un tantinet récalcitrant. Amarré au bout de sa longe, Roméo méditait sur les vicissitudes de la vie tandis que je préparais seau, brosses et désinfectant…

« Taritata taritata » fit une trompette d’un air victorieux…Brusquement ça claironnait sec dans les landiers ! Je l’avoue : l’idée fugace et saugrenue que la fanfare de Groix tente sa première répétition en plein champ m’a un moment traversé l’esprit.

« Taritata taritata… Kaïe kaïe… » L’arrivée inopinée de deux petits fauves de Bretagne, grassouillets, moustaches au vent et sourcils broussailleux, me fit changer d’avis. Les nouveaux-venus se dépensaient sans compter sous l’oeil intéressé des ânesses : - »Qu’est-ce que ces deux holothuries avaient bien pu dénicher? ». Roméo, au bout de sa longe, commença à s’agiter.

« Taritata… Taritata » claironnait le cor. « Copain Copain copain » s’égosillait un chasseur. Aucun des deux chiens ne daigna répondre. Après tout, peut-être n’était-ce pas le nom d’un chien. Sans doute s’agissait-il d’un malheureux chasseur bloqué dans un buisson de prunelliers et réclamant de l’aide à grands cris. « Copain copain copain » hurlait-il de plus en plus désespéré. « Taritata » répondit le cor. Bon sang ! qu’ils prennent une machette et un sécateur et qu’ils aillent le délivrer au lieu de trompeter à tout-va !

Les deux tire-au-flanc aux sourcils broussailleux ne firent pas mine de bouger, assis dans la clairière sous l’oeil vigilant des ânes. Soit ils s’offraient la pause syndicale, soit ils réfléchissaient à l’opportunité de débusquer un gibier, certes aux grandes oreilles, mais dont le poids avoisinait les 250 kgs… et de surcroît supérieur en nombre. On n’est jamais trop prudent !

L’humeur de Roméo, déjà peu accommodant de nature, avait viré à l’exécrable. « Copain copain » hurlait le chasseur dans un dernier râle d’agonie…
« Taritata taritata » ripostait le cor…
« Kaie kaïe »aboyèrent les chiens dans le lointain…
 » PAN PAN »fit le fusil…
« Hihan hihan »fit une des ânesses, enthousiasmée par ce vacarme…
« plic plic plic »firent les petits plombs en retombant doucement sur le dos de notre âne.

c’en était trop. Roméo furieux envoya tout balader d’une ruade… le seau, le désinfectant et ses propriétaires. Les deux fauves de Bretagne, terrorisés, s’enfuirent sans demander leur reste. Les bruits s’éloignèrent enfin. Le calme revint. Une petite perdrix pointa le bout de son bec, bientôt suivie par ses copines. Roméo, calmé, se laissa soigner.

Honnêtement, je ne pense pas que Roméo soit foncièrement ennemi du cor de chasse. Il est même assez mélomane dans son genre (il brait ténor léger) mais avec, d’après ce que j’en sais, un net penchant pour la valse.
Amis chasseurs et musiciens, ce serait bien d’y réfléchir : ne pouvez-vous pas, par exemple, imaginer le rappel de vos chiens sur l’air du  » Beau Danube bleu »? Cela aurait tout de même une autre allure ! Bien entendu le smoking et la robe de bal resteraient en option. Inutile de mettre la barre trop haut, ça pourrait décourager…

Le syndrome d’Aliboron

 

suite rando groix octobre 2010 020Il fait beau. C’est le printemps. Les jardiniers jardinent (sans pesticides), les randonneurs randonnent et les petits oiseau chantent.
Dans le grand chemin qui longe le pré des ânes s’avance une troupe joyeuse et bavarde venue visiter l’île. Soudain, ils découvrent les ânes.

 

Les exclamations fusent de toutes parts :

- »Oh ! Des ânes ! Qu’ils sont beaux… »

Au milieu du brouhaha ambiant, un des randonneurs se met soudain à braire, touché brutalement par ce que j’appelle le syndrome d’Aliboron. Ce phénomène mystérieux ne se déclenche qu’à la vue d’un âne (d’où le nom d’Aliboron) et parmi un groupe. Jamais un individu seul ne se met à braire. Étrangement aussi, jamais l’individu n’aboie quand il croise un chien ni ne meugle lorsqu’il voit une vache.

Puis s’enclenche la phase 2 du phénomène. L’individu cesse de braire et interpelle, en général, le plus discret du groupe, celui qui ne demande rien à personne.

- »Eh ! Regarde un peu Robert (ou Ginette), voilà tes frères (ou tes cousins). Va donc leur parler. »
Robert ou Ginette, gênés, déclinent l’invitation. Les autres rigolent.

Encouragé par son succès, le bout-en-train de service se remet à braire. C’est généralement le moment que je choisis pour m’avancer. Notre gai-luron, surpris, s’arrête dans un dernier braiement, une très belle imitation, ma foi, entre la corne du bateau de Groix et un accordéon asthmatique. Je sais reconnaître un virtuose. Je décide donc de l’encourager :
- » Continuez, monsieur, je vous en prie. Vous avez un vrai don pour les langues. Je suis sûre que mes ânes vous comprennent. Si vous insistez, ils vont vous répondre. »

Dire que le joyeux drille est heureux de mon intervention serait mentir. Il préférait nettement l’intimité de son groupe pour ses vocalises. Les autres rigolent (surtout Robert… ou Ginette).
Je continue, imperturbable : » Et j’espère que Robert ou Ginette sont des gens charmants et intelligents. Sinon je serais vexée de la comparaison avec mes ânes. » Un peu embarrassé, Gai- Luron me certifie que Robert ou Ginette sont effectivement intelligents et charmants. Rassurée, je me permets un conseil :
- »Si vous continuez vers le trou de l’Enfer, vous rencontrerez un troupeau de vaches. Comme vous avez l’air doué, c’est peut-être le moment d’essayer une deuxième langue. »

La troupe repart, hilare… enfin, sauf un…………..

Justice asine

Collecte de goémon

Profitant des grandes marées,
Une ânière bien inspirée
S’en alla d’un pas décidé
Remplir à Kerzauce sa calèche
D’une belle moisson d’algues fraîches

Goémon, fucus et laminaires
dans ses charrettes s’empilèrent.
« Quelle aubaine » se dit l’ânière
Et quel bel engrais pour l’hiver.
Je vais les mettre à dessaler
dans la pâture des équidés.
Quand la pluie les aura rincés
Ils garniront mon potager ».

« Curieuses plantes »dirent les ânes
Intéressés par cette manne.
« Goutons un peu… Mais c’est salé !
Et, ma foi, assez relevé ! »
Quel régal pour ces fins gourmets.

« Frères et sœurs » dit Philomène
La plus sage et la plus amène,
« N’oublions pas notre maîtresse.
Laissons-lui de ces algues fraîches ».

« Partager? Et bien pourquoi pas? »
Dit la moqueuse Quinoa
« Mais que chacun soit remercié
Selon la tâche exécutée.
Qui a tiré les charrettes
Si lourdes dans le sable sec?
Et dans les côtes et les sentiers,
Qui a tracté sans rechigner? »

Alors les ânes, pleins d’équité,
Laissèrent à l’ânière éberluée
La valeur… d’une tasse à thé !