la fanfare de la lande

rando groix octobre 2010 178 (2)C’était une belle journée ensoleillée, le temps idéal pour soigner les pieds de Roméo, un âne un tantinet récalcitrant. Amarré au bout de sa longe, Roméo méditait sur les vicissitudes de la vie tandis que je préparais seau, brosses et désinfectant…

« Taritata taritata » fit une trompette d’un air victorieux…Brusquement ça claironnait sec dans les landiers ! Je l’avoue : l’idée fugace et saugrenue que la fanfare de Groix tente sa première répétition en plein champ m’a un moment traversé l’esprit.

« Taritata taritata… Kaïe kaïe… » L’arrivée inopinée de deux petits fauves de Bretagne, grassouillets, moustaches au vent et sourcils broussailleux, me fit changer d’avis. Les nouveaux-venus se dépensaient sans compter sous l’oeil intéressé des ânesses : - »Qu’est-ce que ces deux holothuries avaient bien pu dénicher? ». Roméo, au bout de sa longe, commença à s’agiter.

« Taritata… Taritata » claironnait le cor. « Copain Copain copain » s’égosillait un chasseur. Aucun des deux chiens ne daigna répondre. Après tout, peut-être n’était-ce pas le nom d’un chien. Sans doute s’agissait-il d’un malheureux chasseur bloqué dans un buisson de prunelliers et réclamant de l’aide à grands cris. « Copain copain copain » hurlait-il de plus en plus désespéré. « Taritata » répondit le cor. Bon sang ! qu’ils prennent une machette et un sécateur et qu’ils aillent le délivrer au lieu de trompeter à tout-va !

Les deux tire-au-flanc aux sourcils broussailleux ne firent pas mine de bouger, assis dans la clairière sous l’oeil vigilant des ânes. Soit ils s’offraient la pause syndicale, soit ils réfléchissaient à l’opportunité de débusquer un gibier, certes aux grandes oreilles, mais dont le poids avoisinait les 250 kgs… et de surcroît supérieur en nombre. On n’est jamais trop prudent !

L’humeur de Roméo, déjà peu accommodant de nature, avait viré à l’exécrable. « Copain copain » hurlait le chasseur dans un dernier râle d’agonie…
« Taritata taritata » ripostait le cor…
« Kaie kaïe »aboyèrent les chiens dans le lointain…
 » PAN PAN »fit le fusil…
« Hihan hihan »fit une des ânesses, enthousiasmée par ce vacarme…
« plic plic plic »firent les petits plombs en retombant doucement sur le dos de notre âne.

c’en était trop. Roméo furieux envoya tout balader d’une ruade… le seau, le désinfectant et ses propriétaires. Les deux fauves de Bretagne, terrorisés, s’enfuirent sans demander leur reste. Les bruits s’éloignèrent enfin. Le calme revint. Une petite perdrix pointa le bout de son bec, bientôt suivie par ses copines. Roméo, calmé, se laissa soigner.

Honnêtement, je ne pense pas que Roméo soit foncièrement ennemi du cor de chasse. Il est même assez mélomane dans son genre (il brait ténor léger) mais avec, d’après ce que j’en sais, un net penchant pour la valse.
Amis chasseurs et musiciens, ce serait bien d’y réfléchir : ne pouvez-vous pas, par exemple, imaginer le rappel de vos chiens sur l’air du  » Beau Danube bleu »? Cela aurait tout de même une autre allure ! Bien entendu le smoking et la robe de bal resteraient en option. Inutile de mettre la barre trop haut, ça pourrait décourager…