La Passagère, le barbu et le canapé

C’est une belle matinée de juillet et, comme tous les matins vers 7H, j’entame la tournée d’inspection du salon de la Passagère avant de mettre en place les petits déjeuners.

Le salon de la Passagère 003

Évidemment, je râle un peu car le dernier qui a utilisé le salon a laissé en tas, au milieu du canapé, le boutis qui le recouvre. Et je râle encore plus, une fois rendue au milieu de la pièce, car il me semble qu’il y flotte une vague odeur d’alcool. Je tire d’un geste sec sur le boutis et, ô surprise, la tête d’un gros barbu apparait, douillettement lovée entre les plis du tissu. Il ronfle doucement et exhale une forte odeur de bière. J’ai beau le regarder sous le nez, son visage ne me rappelle rien. Manifestement ce n’est pas un de nos hôtes qui, gagné par l’épuisement, aurait préféré faire une halte au rez-de-chaussée.

Je cours à la cuisine annoncer la nouvelle à Guénaël, mon indissociable moitié :

- « Guéna, il y a dans le salon un barbu qui n’est pas à nous ! »
Nous voilà tous deux auprès du canapé, agenouillés au chevet du barbu. Le réveiller n’est pas une mince affaire mais nous y arrivons enfin. Il nous regarde, les yeux ronds, puis s’étire nonchalamment et commence à rassembler tranquillement ses petites affaires. Il est du genre précautionneux : sa veste est soigneusement pliée sur le dossier de la chaise la plus proche, son porte-feuille et ses cigarettes sont posés sur la table basse (sinon ça déforme les poches de sa veste, je pense) et, sous la table, il a glissé ses chaussures. Il s’habille en prenant son temps et finit par gagner la sortie. Guéna et moi le suivons d’un œil attentif tandis qu’il traverse le jardin. Soudain, il oblique à gauche, direction le garage ;

- « Mais qu’est-ce que vous faites? » s’écrie Guéna ; « La sortie c’est tout droit ! »

- « Je prends mon vélo. Je l’avais rangé là hier soir. Avec tous ces gens qui trainent dans la rue, ça m’aurait ennuyé qu’on me le vole. »

C’est bien ce qu’il me semblait : un précautionneux.

Cette anecdote est bien évidemment « véridik ». Vingt quatre années de maison d’hôtes ça laisse des traces, forcément…