Les deux nigauds

C’est l’heure des petits déjeuners à la Passagère. Une de nos pensionnaires qui vient de descendre dans la salle à manger me prend discrètement à part.
- « Elizabeth, je pense qu’il y a un problème avec les deux messieurs de la cabine Suroît. Je crois qu’ils boivent. »
Allons bon ! Il ne manquait plus que cela !
- « C’est épouvantable, continue-t-elle. Le palier du second empeste l’alcool et, en passant devant la porte de leur chambre restée ouverte, j’ai vu une bouteille sur la table de nuit ».

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Je suis un peu étonnée mais je décide d’y aller voir. La chambre a été louée par un résident secondaire de fraîche date (appelons-le Paul), accompagné d’un ami et venu poser du plancher dans sa nouvelle acquisition. Il est censé y travailler non-stop 3 jours d’affilée. Hier était son premier jour. On peut dire que ça commence très fort !

Avant même d’atteindre le palier du second, je dois me rendre à l’évidence: l’atmosphère est saturée d’effluves de gnôle. A croire qu’ils distillent dans leur chambre tellement c’est fort.
Je frappe et le dénommé Paul m’ouvre la porte. Une vague d’alcool me prend aussitôt aux narines. Assis sur son lit, le camarade de chambrée reste les yeux dans le vague (les vapeurs sûrement), les genoux emmaillotés dans des serviettes de toilettes.
- « Mais enfin, Paul, qu’est-ce qu’il se passe ? Je croyais que vous veniez pour travailler. »
- « Ne m’en parlez pas. On n’a fait que ça hier. A tel point que mon copain ne sent plus ses genoux. Je me suis souvenu d’un vieux remède de ma grand-mère : l’emplâtre à la goutte. Mais je crois que j’ai eu la main un peu lourde » dit-il en me désignant la bouteille quasi-vide.

Manifestement, Paul n’a pas une grande maitrise des emplâtres et le lit a eu sa part de médicament lui aussi. Quant à mes serviettes de toilettes, elles sont imbibées d’alcool.
Nous décidons d’un commun accord que ce n’est pas la bonne solution d’autant que les genoux du copain sont devenus rouges cramoisis et le brûlent énormément. Je suggère une allergie à la goutte. Paul et son camarade, scandalisés, me certifient que ça ne s’est jamais vu ! J’en déduis donc que la victime commence une allergie carabinée à la serviette éponge.