Lili a mis son manteau d’hiver

Lorsque l’hiver est là, Lili, petite ânesse frêle d’au moins 25 ans, se prépare vaillamment à affronter le froid.
Et hop ! Un peu de compléments alimentaires pour prendre du poids.
Et puis tiens ! Une goutte d’huile essentielle de citron pour les défenses immunitaires.
Et un saupoudrage de levure de bière pour l’épaisseur du poil.
Mais surtout, surtout, n’oublions pas l’essentiel : un chaud manteau d’hiver imperméable et respirant pour affronter la pluie et le vent car, avec l’âge, un simple abri ne suffit plus.
Ce manteau fût l’objet de maintes réflexions. Taille « shetland » il était trop court. Taille « poney », le voilà trop grand ! Nous avons cependant choisi « poney ». Le résultat est… étonnant. Sangles ajustées (tant bien que mal), mousquetons bouclés, et voilà notre Lili caparaçonnée comme un fier destrier en route vers les tournois. Il ne lui manque sur le dos que le chevalier en armure (nain le chevalier, si possible).
A chaque pas qu’elle fait, le tissu, assez raide, émet le bruit du taffetas qu’on déchire et chaque mousqueton cliquette bruyamment. Qu’importe ! Désormais Lili n’a plus qu’une idée en tête : rejoindre son troupeau, là-bas, au fond du pré. La voilà qui part au grand trot, cliquetant et bruissant joyeusement.
Au fond du champ, on dresse l’oreille : »qu’est-ce que ce bruit étrange ? » Lili, très fière, n’en a cure et continue courageusement. Les autres relèvent la tête, inquiets. Lili, un peu handicapée par sa cataracte, fonce droit sur eux. Stupéfaits, ils se figent un instant puis partent à fond de train devant cette abominable créature. Les voilà tous au galop. Lili, ferme sur ses positions, passe au galop également. Ils tournent en rond autour du champ mais le galop de Lili est un peu poussif alors ils la rattrapent par l’arrière. Horreur ! La créature qui était derrière eux est maintenant devant !
Jouant la frayeur (car ils ont maintenant reconnu leur congénère),ils stoppent net dans un grand nuage de boue et de poussière mêlés et repartent dans l’autre sens. Lili, remontée comme un jouet mécanique, n’a rien vu ni entendu (elle est un peu sourde) et continue imperturbable.
Je pleure de rire au bord du champ. Le nez en l’air, la tête tournée de côté, l’oeil malicieux, leurs ventres grassouillets bringuebalant dans la poussière,ils galopent, mes pitres au museau blanc. Puis ils ruent, bottent et dérapent dans la boue.
Lili tourne toujours, obstinément. Puis le calme revient et le troupeau retourne à ses occupations. Lili les suit dans un froissement d’étoffe.