Lorient- Rennes… mais pas par la 4 voies

Ciel d’orage sur rivière en crue.

Dans un ciel noir d’encre plane un oiseau de proie…
Nous sommes parties depuis trois jours des environs de Lorient et nous faisons route vers Rennes. Nous sommes quatre : Dominique, accompagnée de Lilas, sa petite ânesse marocaine de 18 ans et moi-même, Elizabeth, avec Philomène, ânesse solide et paisible de 13 ans.

Sur nos carrioles de randonnée sont accrochés, derrière le dossier, les tentes « qui se jettent » à une place, quelques piquets de clôture et un seau. Sur et sous le siège, les sacs étanches avec nos vêtements, sacs de couchage et matelas et matériel de « cuisine ».
Et nous n’avons pris que l’essentiel !

 

La météo était annoncée exécrable… Elle l’est :
-1er jour : quelques averses
-2ème jour : il pleut…
-3ème jour : il pleut +vent fort…
-4ème jour : déluge +tempête (120km/heure !)… Mais nous avançons toujours et nos ânesses marchent courageusement bien protégées par leur couverture imperméable (car, en fait, il pleuvra tous les jours).

…Ce fût l’occasion pour Dominique de faire trois découvertes navrantes : ses sacoches étanches, commandées pour l’occasion, ne le sont pas… Son pantalon imperméable ne l’est pas non  plus… Quant à son matelas auto-gonflable, il reste désespérément plat…Dominique ne peut que constater les dégâts.

Au milieu de cette météo « dantesque » où l’eau des gouttières sort à l’horizontale, les rivières sont en crues et les péniches ne peuvent plus franchir les écluses. Nous traversons pourtant de magnifiques villages de chaumières anciennes et nous gardons un moral d’acier (il le faut !). Par vent arrière, Lilas, poussée par sa carriole, trotte allégrement et Philomène, imperturbable, avance à pas mesurés. Tout au long de notre périple (10 jours tout de même), le pique-nique du midi s’avèrera problématique à cause du temps. Mais pour le soir, prudemment, nous avions prévu divers hébergements : hangars agricoles, gîtes, manoirs, fermes, château et même camping ! Partout l’accueil a été chaleureux. Nous en garderons un souvenir inoubliable.

Quant à nos ânesses, nous avons pris soin de les abriter tous les soirs car Philomène, après une première nuit pluvieuse et venteuse,  dans une pâture avec seulement sa couverture, s’est mise à tousser. Elle fera toute la randonnée avec ma cape de pluie en guise d’écharpe et du « mercurius  solubilis 9ch » trois fois par jour. Nous déploierons des trésors d’imagination pour les mettre à l’abri : stabulation, box, abri de jardin, demi-garage à partager avec des motoculteurs, préau d’école et même bâche façon pergola.

 Halte seigneuriale pour nos fiers destriers.

Dans notre itinéraire, bien préparé, nous avons alterné petites routes, chemins, GR, voies vertes et halages et tout s’est déroulé sans problème jusqu’à un certain soir. Ce soir-là donc, nous nous faisions une joie de passer la nuit au château de la Ville- Hue. Fatiguées mais confiantes, nous arrivons en vue du château. La sensation est étrange : tout est à l’abandon. Les bâtiments, magnifiques mais sinistres, sont cernés par les bois. On croirait un « remake » de la belle au bois dormant. Inquiètes, nous téléphonons à notre châtelain. Horreur !  Nous sommes à la Ville-Huë et non à la Ville-Hue : nous nous sommes trompées d’un tréma et notre étape est encore à 10 kms alors que nous en avons déjà 25 dans les pattes… Nous voilà donc au trot sur la D172 afin de rattraper la 4xvoies sous laquelle nous devons passer. Heureusement nous ne ferons que la moitié du trajet car c’est, coup de chance, le seul soir où mon mari nous rejoint avec son camion. Nous y collerons, en vrac, carrioles, ânes et randonneuses !
Fouettées par le vent, rincées par la pluie et frigorifiées par les deux, nous plaçons sans rancune cette randonnée parmi les plus belles que nous ayons faites.
Nous sommes toujours fières  de la confiance, du courage et de l’endurance de nos ânesses capables, s’il le faut, de suivre les chevaux sur des étapes de 40 kms (si, si! elles l’ont fait), de franchir les gués ou les passerelles, de traverser les villes ou de grimper les pires raidillons avec entrain et sans jamais s’affoler.
Signalons, par respect pour nos ânesses qui traînaient tout notre « barda », que nous avons marché à leurs côtés la moitié du temps et qu’elles sont rentrées au bercail sans plaies ni bosses.
Dominique Lauprêtre et Elizabeth Mahé

Philomène et Lilas enfin débarrassées des capes et des bagages.
Philomène et Lilas enfin débarrassées des capes et des bagages.

 Merci à « l’Escale du Blavet », la famille Le Guidec à Keriquel, la famille Charlotin à Moréac, la maison éclusière à Josselin, la famille Ducrot à la Motte, la famille de Raguenel à la Ville-Huë, le gîte communal de Bovel, celui de Messac et le camping de la Courbe à Bourg-des-Comptes.