Mesdames « Sans-Gêne »

PENQUELEN MAI 2016 028

Rien ne fait davantage plaisir à nos ânes que de partager notre repas. En randonnée, l’heure du pique-nique est le moment idéal pour s’inviter dans notre assiette.
Mais bien évidemment, dans la vie de tous les jours, nos ânes sont à l’herbe ou au foin… Sauf lorsqu’ils pâturent du côté de saint Albin.

Ils ont là-bas une merveilleuse voisine, capable de leur donner du potage aux légumes « parce qu’ils adorent ça ! », capable aussi de les laisser chiper au fur et à mesure les prunes qu’elle ramasse dans son panier… Bref, la crème des voisines !

En contre-partie, ils l’informent bruyamment et avec le plus grand sérieux de tout mouvement suspect dans les jardins attenants.

Un jour qu’elle vaquait tranquillement dans sa cuisine, elle entendit soudain des hurlements d’effroi.
- « Au secours ! Au secours ! A l’aide ! »
Alarmée, elle se précipita dans son jardin. Quelle ne fût pas sa surprise de voir deux vacancières d’âge mûr, bloquées contre la clôture du jardin mitoyen et complètement cernées par un troupeau d’ânes.
- « Mais comment êtes-vous arrivées là ? Vous êtes dans nos jardins ? » s’étonna la voisine. Elle avait effectivement de quoi s’étonner car pour accéder à ces jardins, situés à l’arrière des maisons, il faut ouvrir des portillons ou sauter par dessus des clôtures ou encore passer à travers des haies.
- « On a pris un raccourci, on n’a pas vu que c’était des jardins. » (Tu parles Charles ! Un terrain cerné de murets, fermé par un portillon et garni de fleurs si ça n’est pas un jardin, je donne ma langue au chat).
- « Aidez-nous ! On est attaqué par des ânes. »
- « Vous avez quoi dans votre grand carton ? » s’enquit la voisine.
- « Des gâteaux de la boulangerie. »
- « Ah ! Mais c’est pour ça qu’ils vous empêchent de passer. Ils les ont sentis. Il n’y a plus qu’une chose à faire… »
- « Qu’est-ce qu’on doit faire ? Aidez-nous ! »
- « Jetez-leur tous vos gâteaux et partez en courant pendant qu’ils les mangent. »
Et c’est ainsi qu’on pût voir deux dames d’un certain âge balancer des gâteaux à travers champs et franchir dans une course effrénée murets et barrières, le tout à l’allure d’un légionnaire à l’entraînement.

Pour ce qui est du ramassage des gâteaux, mes ânes s’en sont occupé avec une grande conscience professionnelle.

Que voulez-vous, ils ont l’amour du travail bien fait !