Philomène et le 4X4 rouge

 

OLYMPUS DIGITAL CAMERADans le petit pays de Groix où vacancient les touristes, au delà des mers, mon ânesse Philomène trottinait gentiment en cette fin d’après-midi sur la route qui va au trou de l’Enfer. Nous avions dans l’idée de tourner à droite dans un étroit chemin en herbe séparé de la route par un large fossé.

¨Ô stupeur ! Une voiture occupait déjà ce chemin… un 4×4 rouge… de location… conduit par un type ou totalement myope ou n’en ayant rien à faire d’abimer du matériel de location… Là, maintenant il attaquait son plat de résistance : le fossé. Le malheureux 4×4, confondu un instant avec la voiture de James Bond, prit son élan… et s’en alla finir sa course le nez au fond du fossé, le derrière en l’air, comme un canard barbotant dans sa mare.

Le conducteur, manifestement plein d’imagination, fit sortir femme et enfants de la voiture et, avec force moulinets des bras, leur expliqua ce qu’il attendait d’eux (c’est vrai quoi ! A quoi bon avoir femme et enfants s’ils ne servent à rien). Dociles, ils se mirent à pousser et tirer le pauvre 4×4. Le malheureux réussit à sortir le nez du fossé mais c’est l’arrière maintenant qui était au fond. Qu’à cela ne tienne ! De nouveau la famille tira, poussa… Et la voiture finit par s’échouer au milieu de la route. Lorsque nous nous sommes croisés, nous avons pu échanger quelques mots d’une haute tenue grammaticale.

Je l’avoue, j’ai ouvert les hostilités avec un : « vous êtes vraiment nul ! »

Bien m’en a pris car cela nous a permis de lier connaissance plus rapidement. Le conducteur est tout de suite passé au tutoiement (signe d’une certaine intimité n’est-ce-pas?) et m’a donc gratifié d’un »nulle toi-même espèce de tache… Connasse ».

Ne voulant pas être en reste de politesse dans cet échange je me suis donc autorisé un « on t’emmerde, gros con ! ».

Il hululait encore quand je suis passée dans le chemin… Je suggère aux loueurs de voitures de s’orienter plutôt vers la location de brouettes pour ce style d’individu. Ce sera moins lourd à pousser pour la famille…

la fanfare de la lande

rando groix octobre 2010 178 (2)C’était une belle journée ensoleillée, le temps idéal pour soigner les pieds de Roméo, un âne un tantinet récalcitrant. Amarré au bout de sa longe, Roméo méditait sur les vicissitudes de la vie tandis que je préparais seau, brosses et désinfectant…

« Taritata taritata » fit une trompette d’un air victorieux…Brusquement ça claironnait sec dans les landiers ! Je l’avoue : l’idée fugace et saugrenue que la fanfare de Groix tente sa première répétition en plein champ m’a un moment traversé l’esprit.

« Taritata taritata… Kaïe kaïe… » L’arrivée inopinée de deux petits fauves de Bretagne, grassouillets, moustaches au vent et sourcils broussailleux, me fit changer d’avis. Les nouveaux-venus se dépensaient sans compter sous l’oeil intéressé des ânesses : - »Qu’est-ce que ces deux holothuries avaient bien pu dénicher? ». Roméo, au bout de sa longe, commença à s’agiter.

« Taritata… Taritata » claironnait le cor. « Copain Copain copain » s’égosillait un chasseur. Aucun des deux chiens ne daigna répondre. Après tout, peut-être n’était-ce pas le nom d’un chien. Sans doute s’agissait-il d’un malheureux chasseur bloqué dans un buisson de prunelliers et réclamant de l’aide à grands cris. « Copain copain copain » hurlait-il de plus en plus désespéré. « Taritata » répondit le cor. Bon sang ! qu’ils prennent une machette et un sécateur et qu’ils aillent le délivrer au lieu de trompeter à tout-va !

Les deux tire-au-flanc aux sourcils broussailleux ne firent pas mine de bouger, assis dans la clairière sous l’oeil vigilant des ânes. Soit ils s’offraient la pause syndicale, soit ils réfléchissaient à l’opportunité de débusquer un gibier, certes aux grandes oreilles, mais dont le poids avoisinait les 250 kgs… et de surcroît supérieur en nombre. On n’est jamais trop prudent !

L’humeur de Roméo, déjà peu accommodant de nature, avait viré à l’exécrable. « Copain copain » hurlait le chasseur dans un dernier râle d’agonie…
« Taritata taritata » ripostait le cor…
« Kaie kaïe »aboyèrent les chiens dans le lointain…
 » PAN PAN »fit le fusil…
« Hihan hihan »fit une des ânesses, enthousiasmée par ce vacarme…
« plic plic plic »firent les petits plombs en retombant doucement sur le dos de notre âne.

c’en était trop. Roméo furieux envoya tout balader d’une ruade… le seau, le désinfectant et ses propriétaires. Les deux fauves de Bretagne, terrorisés, s’enfuirent sans demander leur reste. Les bruits s’éloignèrent enfin. Le calme revint. Une petite perdrix pointa le bout de son bec, bientôt suivie par ses copines. Roméo, calmé, se laissa soigner.

Honnêtement, je ne pense pas que Roméo soit foncièrement ennemi du cor de chasse. Il est même assez mélomane dans son genre (il brait ténor léger) mais avec, d’après ce que j’en sais, un net penchant pour la valse.
Amis chasseurs et musiciens, ce serait bien d’y réfléchir : ne pouvez-vous pas, par exemple, imaginer le rappel de vos chiens sur l’air du  » Beau Danube bleu »? Cela aurait tout de même une autre allure ! Bien entendu le smoking et la robe de bal resteraient en option. Inutile de mettre la barre trop haut, ça pourrait décourager…